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Famille, je te cherche.
Quand faut y aller, faut y aller. Parce que, là, mine de rien, ça commence à faire beaucoup : 7 h 58 ce samedi-là, La Chambre des morts, Les Promesses de l'ombre, La nuit nous appartient, Gone Baby Gone et, aujourd'hui, La Clef, de Guillaume Nicloux. Leur point commun ? En dehors d'affirmer la belle forme du film noir, ils auscultent des affaires de famille, jusqu'à souligner l'idée que chacun trouve sa place dans le monde s'il a trouvé sa place chez soi. La mondialisation a ouvert les frontières et le communautarisme s'est réveillé, comme un effet pervers de ce grand marché du tout et du n'importe quoi. Aujourd'hui, disent les artistes, qui sentent mieux que d'autres les changements de vent, le besoin se ressent de trier son linge à la maison, fût-il taché de sang, pour recouvrer une identité perdue et réaffirmer la nécessité de la transmission.
Guillaume Nicloux, dont il est heureux de saluer l'excellent retour après le ratage du Concile de pierre, travaille ce terrain, notamment depuis Une affaire privée (un détective recherche une jeune fille) et Cette femme-là (une femme flic hantée par la mort de son fils). La Clef reprend d'ailleurs ces deux personnages et leur fait traverser l'histoire d'Eric Vincent, jeune homme sans histoires qui voit resurgir le fantôme d'un père qu'il n'a pas connu, mettant ainsi le doigt dans une machination pas drôle.
Sur une intrigue classique - l'enquête de la victime se transforme en quête de soi - qui tricote des récits parallèles, Nicloux trace des destins en déséquilibre, accroche des ambiances singulières (ça, il sait le faire mieux que personne) et présente la face sombre d'un univers qui grignote le confort, souvent précaire, de chacun. Du bon et beau cinéma, à la fois modeste, en ce qu'il assume son désir de fiction, et bourré de personnalité.
Un dernier mot sur le casting : Guillaume Canet, Vanessa Paradis, Marie Gillain, Jean Rochefort, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko. Des cadeaux au pied d'un arbre qui reprend doucement racine.
Éric Libiot