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Un polar méandreux et ambitieux, entre film-somme et renouvellement, où l’invraisemblable devient vraisemblable, où le cauchemar devient une réalité. Un épisode de Twin Peaks made in France par Guillaume Nicloux, cinéaste très doué.
L’argument : Depuis peu Eric Vincent, trentenaire sans histoire, a un fort sentiment de malaise. Est-ce la peur d’avoir un enfant ou celle de voir brutalement resurgir le fantôme d’un père qu’il n’a jamais connu ?
Un matin, un inconnu l’appelle pour lui proposer de récupérer les cendres de son père. D’abord réticent, il finit par accepter et se retrouve plongé au coeur d’une machination infernale.
Notre avis : Après Le concile de Pierre, tentative de film de genre commercial et intimiste partiellement convaincante, Guillaume Nicloux revient avec La clef, objet de cinéma à la fois ludique et cérébral, où il s’aventure sur un terrain a priori plus familier. Celui du thriller insolite avec ses personnages étranges, son atmosphère poisseuse et ses rebondissements pirouettes. Un genre qu’il maîtrise parfaitement. Sauf qu’à l’inverse de ses œuvres précédentes où l’on suivait un protagoniste entouré d’une pléiade de personnages secondaires cintrés, Nicloux n’a pas eu envie de faire les choses à moitié et présente trois parties étrangement liées par le montage. Trois histoires parallèles dont deux prolongent les intrigues d’Une affaire privée et de Cette femme-là qui pouvaient frustrer par leurs dénouements abrupts. Pour peu qu’on ait pris du plaisir à suivre les trames de ces deux thrillers, le plaisir est réel.
Ce sera sans doute trop abstrait pour les esprits cartésiens et ceux qui à la vue d’un casting haut de gamme s’attendaient à un polar consensuel riche en lieux communs. Ils risquent de décrocher très rapidement. En revanche, les amateurs de puzzles mentaux et de dérives anxiogènes seront aux anges tant le cinéaste donne matière à nous plonger dans ses cauchemars. Tel quel, ça ressemble à un épisode de Twin Peaks contaminé par le spleen et parcouru par la même humeur grotesque. Avec la même prédilection que Lynch pour les ambiances torves, le même goût pour la beauté nichée dans la laideur, le quotidien qui déraille, les individus louches. En abordant des thèmes qui reviennent plus ou moins silencieusement dans son cinéma (les relations entre les parents et leurs enfants, la peur bleue de tomber sur un psychopathe au coin de la rue) ; en autopsiant le mal et la profondeur de ses escarres (machination sournoise, vengeance personnelle), Nicloux a signé une merveille de noirceur qui ne donne pas toutes les clés du premier coup d’œil, invite à des visionnages répétés et qui, par sa capacité à générer un malaise dérangeant ou ouvrir de nouvelles perspectives (une tendance mélo sur la fin), touche si profondément qu’on met du temps à sortir la tête de sa minutieuse architecture.
Le DVD
Les suppléments
Certes, on nous propose quelques éléments alléchants sur le papier, mais force est d’admettre que la plupart des bonus sont frustrants. Tout d’abord, le commentaire audio est en réalité une discussion entre le cinéaste et une journaliste qui ne suit jamais les images du métrage et qui peine à passionner à cause d’un débit monotone et de réponses trop évasives de la part d’un auteur visiblement très embarrassé par l’exercice. Vient ensuite un making of où l’on apprend que Nicloux refuse toute caméra sur le plateau, ce qui nous contraint à suivre des entretiens très promotionnels avec les acteurs. Ceux-ci nous révèlent tout de même la méthode très particulière du metteur en scène. Très court et frustrant, ce making of ne sert à rien. Enfin, les dix scènes coupées - pour la plupart de moins d’une minute - ne sont pas commentées, ce qui ne permet pas de savoir pourquoi le cinéaste les a écartées. Attention toutefois pour ceux qui souhaiteraient visionner ces scènes en famille, elles contiennent un strip-tease très hot et une scène pornographique complètement déplacée. La traditionnelle bande-annonce clôt un ensemble très décevant.
Image & son
L’image restitue à merveille le travail sur les couleurs et la désaturation de certaines scènes. Elle atteint donc une certaine forme de perfection. On ne peut pas en dire autant de la piste sonore en 5.1, trop frontale et finalement peu différente d’une simple stéréo. Dommage pour un film d’ambiance.
Romain Le Vern
Virgile Dumez