"Mon nom est Jack Rudy-Bill mais tout le monde m'appelle Rudy-Bill.
J'ai trent-huit ans et je fais mon âge."










Jack Mongoly



Si vous avez manqué le début

La trentaine finissante, célibataire par habitude, le détective Jack Rudy-Bill se sert de ses études ethnologiques et des mœurs indiennes pour résoudre ses enquêtes. Débarque un jour Jimmy Le Groll, qui le charge de retrouver sa fille. Prénom : Vichy, âge : vingt-deux ans, signe particulier : trisomique... Les recherches commencent. Rencontres bizarres, oiseaux de mauvais augure, coïncidences inquiétantes, mensonges et contre-vérités. Plus Rudy-Bill avance dans son enquête, plus le mystère s'épaissit. Le dénouement relève du conte mythologique ou du cauchemar dantesque, c'est selon...

Les dix premières lignes

Mon nom est Jack Rudy-Bill mais tout le monde m'appelle Rudy-Bill. J'ai trente-huit ans et je fais mon âge. Je mesure un mètre soixante-dix-neuf, je pèse pas loin de quatre vingt kilos, mes cheveux sont blonds et j’ai quelques taches de rousseurs sur le visage. Je ne supporte pas le soleil et je suis allergique à l’eau de mer. Je suis allongé sur mon lit, dans la chambre. Nous sommes dimanche et il pleut. J’ai dans les mains un ouvrage de Simms, une édition de 1903 (…)

Mon Avis

Cinquième roman de Guillaume Nicloux, publié en 1998. Sorti en même temps que son adaptation cinématographique du Poulpe. Un roman qualifié de « polar métaphysique » par Flammarion et qui a l’odeur des romans américains des années soixante-dix.

Dès les premières pages, le monde glauque et spleenesque de Jack Rudy-Bill se met en place. Rudy-Bill, c’est un privé. Habitué à traiter des affaires minables. Célibataire par habitude. Une vie déprimante. « J’ai choisi la vie que je mène et mon seul souhait et de rester libre. » « Ça fait vingt ans que je porte les mêmes fringues. Je veux dire le même style de fringues. Plutôt sombres et fades » Un jour il se retrouve à chercher Vicky, une jeune trisomique disparue mystérieusement. Et pourtant le monde glauque s’estompe. On n’y pense plus vraiment et on s’amuse à suivre les investigations de ce privé un peu à côté de la plaque. L’enquête devient d’ailleurs très vite prétexte à un délire très fellinien. Un doux délire bien orchestré. Peut-être... Mais ça fonctionne !

Loin des codes et des cliches du polar, l’univers de Nicloux prend aux tripes. Le style réaliste, son écriture sèche, sans artifice et sa parfaite maîtrise dans le développement de ses thèmes font de ce roman un ovni. Les coïncidences se croisent à chaque chapitre. Les rencontres bizarres aussi. On se surprend à sourire et à trouver attachants ces personnages de la vie avec des motivations de la vie. Chez certains auteurs d’aujourd’hui on devine une fascination pour la violence ou la vulgarité. Rien de tout ça dans ce livre, comme dans toute l’œuvre de Nicloux.

L’atmosphère est totalement maîtrisée et assumée. C’est noir. Décalé. La maîtrise est là. Et malgré la mise en avant de son goût pour la décrépitude le résultat est presque poétique.

Jack Rudy-Bill ne peut cacher son lien de parenté avec le personnage de François Manéri, (interprété par Thierry Lhermitte) le détective privé qui fera son apparition dans le long métrage Une Affaire Privée, quatre ans plus tard. En effet, Jack Mongoly comprend de très nombreux points de concordance, à la fois dans les personnages, les attitudes et l’histoire avec le premier volet de la trilogie policière de Guillaume Nicloux. Ce personnage de François Manéri se retrouve d’ailleurs dans les trois films de Nicloux (Une Affaire Privée, Cette Femme-là et La Clef). C’est dans ce dernier que Thierry Lhermitte ressemble le plus à Jack Rudy-Bill. Pour l’anecdote, dans une interview, Lhermitte explique qu’il porte des fringues de la vraie vie. Des fringues pourries. Pas de fringues de cinéma. Ce qui le rapproche un peu plus de Jack…

J'ai publié cette chronique sur le site POL'ART NOIR

Dans la presse

Le parisien
Paru le : 09/09/1998
Un Melunais invente le polar métaphysique

" Jack Mongoly ", le nouveau roman de Guillaume Nicloux, est en librairie

LA FNAC est bien embêtée. L'antenne du grand magasin, basée dans le quartier parisien de La Défense, ne sait où classer " Jack Mongoly ", le nouveau roman du Melunais Guillaume Nicloux.

Après cinq bonnes minutes de recherche, la vendeuse en librairie revient, l'air piteux.
" Notre système informatique m'indique le rayon romans français, mais je ne le trouve pas dans les bacs. " Du côté des polars, peut-être ? La jeune femme de brandir lŽouvrage, à peu près comme Didier Deschamps a soulevé la coupe du monde. " Le voici, vous aviez raison ! "

Qu'elle se rassure, son raté initial n'a rien d'incompréhensible. " Jack Mongoly " rebondit allègrement sur les ressorts du polar. Un détective privé, américain bien sûr, utilise ses études d'ethnologie et de moeurs indiennes pour retrouver une trisomique, à la demande de ses parents.
L'écriture est sèche, le héros ne respire pas la joie de vivre car il en a déjà beaucoup vu. Bref, le cinquième roman (à 32 ans seulement) de ce Melunais pur sucre ressemble à s'y méprendre à un policier.

Sauf que... Guillaume Nicloux dément. " Je ne me considère pas comme un auteur de polar. C'est un peu restrictif, je ne veux pas me cloisonner dans un genre. Ce qui est marrant dans un livre, c'est d'injecter tout ce que l'on peut. "
Ce doit être pour cela que Flammarion, le prestigieux éditeur du jeune homme, a apposé la mention " polar métaphysique " sur le bandeau de couverture. " Ça se rapproche plus, confirme Guillaume. Mais il ne faut pas croire que je me prends au sérieux. Je ne théorise rien. " Vous lŽavez compris, Guillaume Nicloux n'est pas du genre à sŽépancher sur son oeuvre. Que ceux qui lŽaiment le lisent, les autres... et puis, sa vocation nŽest pas la littérature. " CŽest le cinéma ". Le 7 octobre sort un long-métrage réalisé par ses soins. Un film à gros budget, dans lequel jouent Jean-Pierre Darroussin (" Un air de famille ") et Clothilde Courau (" Marthe "). Le héros : le Poulpe, célèbre détective privé. Un polar ? Allez demander à la Fnac. MELUN. A 32 ans, Guillaume Nicloux a réussi à concilier lŽécriture de cinq romans, la réalisation de deux longs-métrages et de plusieurs courts-métrages.