S'il y a une logique de continuité entre les deux films elle découle de choix purement instinctifs, donc inconsciemment volontaires. Je crois que j'ai tout simplement décidé de m'intéresser au destin d'une femme confrontée au pire des deuils. Et dès la genèse du projet, Josiane Balasko s'est imposée pour incarner cette mère rattrapée par le passé et dont la vie professionnelle se mêle douloureusement à ses rêves."
Je suis attiré par les univers où l'angoisse côtoie l'ironie et où la violence n'est jamais très éloignée des liens amoureux. J'ai d'ailleurs le sentiment que ces climats extrêmes, où chaos et drôlerie évoluent côte à côte, sont fidèles à ce qui nous entoure. Cela ne m'empêche pas de tenter un rapprochement vers des récits plus réalistes et moins déstructurés mais mes envies actuelles s'orientent naturellement vers un cinéma où le rapport au temps et la notion de rêve éveillé tiennent un rôle fondamental."
J'essaie toujours de privilégier le ressenti à la technique mais, qu'on le veuille ou non, la technique définit le cadre émotionnel et le jumelage des deux devient l'enjeu principal de tous plans. C'est un duel permanent entre ce que je filme et la façon dont je filme, un peu comme si j'essayais de fermer toutes les portes d'une maison en laissant ouvertes toutes les fenêtres. Et à chaque fois les mêmes questions demeurent. Ai-je filmé le mieux possible ce que je voulais faire ressentir ? A quel moment faut-il suggérer plutôt que montrer ? Cette recomposition du réel parvient-elle à fabriquer un monde tangible et à rendre attachants les personnages ? ."
Ou irréel. Il est troublant de penser que la notion de réalité est peut-être une vue de l'esprit. Je suis assez intrigué par les personnes, à priori dignes de confiance intellectuelle et non consommatrices de substances hallucinogènes, expertes dans l'art de vous entraîner sur des chemins échappant à toute logique cartésienne. Notamment certains scientifiques capables de vous expliquer que ce que l'on voit n'est peut-être pas ce qui existe."
Peut-être, mais la réalité de Michèle Varin n'est pas la même que celle de ses partenaires. Son présent est étroitement lié à ses rêves et il apparaît que le suicide sur lequel elle enquête lui permet d'avoir un lien privilégié avec sa douleur et ses angoisses croissantes. Aidée par la pratique du puzzle à haute dose et ses cours de yoga, un principe de mise en abîme s'organise peu à peu sans qu'elle s'en aperçoive. Et malgré ces obstacles, la vie de Michèle Varin relève du parcours initiatique où les évènements finaux génèrent plus de bienfaits que de drames puisqu'ils lui permettent d'exorciser ses démons. Au bout du compte, Cette Femme-Là montre la résurrection d'une femme débarrassée de ses propres fantômes."
En les laissant anonymes, j'ai l'impression de susciter un trouble plus ouvert, moins directif. Je crois qu'un ennemi non identifié est une source de peur plus terrifiante. Mes plus beaux effrois de spectateur ont souvent été ceux où les personnages ne percevaient plus le vrai du faux et où le conteur s'intéressait autant au dérèglement mental qu'à ses incidences périphériques. Hitchcock et Lynch ont formidablement traité ce principe de schizophrénie féminine."
J'ai écrit le film en pensant à Josiane Balasko. C'est son éventuelle acceptation qui a guidé l'écriture. Je ne suis pas très préoccupé par l'étiquette des actrices et des acteurs. C'est toujours très réducteur d'entendre ou d'employer le mot contre-emploi car un comédien réagit par rapport à l'offre et la demande. Il se trouve que les rôles "dramatiques" n'arrivent pas naturellement vers Josiane, je n'ai pourtant aucun mal à l'imaginer dans un film d'Orso Miret ou d'Alain Cavalier. Bertrand Blier avait d'ailleurs ouvert la voie avec " Trop belle pour toi " où elle était formidable."
J'ai fait mes premiers pas de réalisateur avec Raoul Coutard comme chef opérateur. J'avais envie de retrouver le plaisir de travailler avec une pointure de la photo aguerrie et revenue de tout. Il suffit de regarder la filmographie de Pierre-william Glenn pour s'apercevoir qu'il a participé à plus d'une soixantaine de films, dont SERIE NOIRE qui reste pour moi un must de cohérence et d'audace."
Je me suis beaucoup intéressé à la lumière de Greg Middleton, directeur photo de Suspicious River Ses parti-pris nous ont permis de situer plus rapidement certains choix d'ambiance ainsi qu'un positionnement précis sur les dominantes chromatiques du film. Sven Nykvist et Gordon Willis sont également des références d'inspiration partagées avec Pierre-William. L'univers musical d'Andrei Samsonov a aussi contribué à répandre un certain climat pendant le tournage et ce jusqu'à l'arrivée des premières maquettes du compositeur, Eric Demarsan."
Il est probable que leurs aventures ne s'arrêtent pas là et que d'autres personnages viennent nourrir l'étrange famille qui est en train de prendre forme."